Que sont-ils devenus… Jean-François De Preux dit « Jeff » et son épouse Pascale

Lui, 36 années de police judiciaire, une brillante carrière avec à la clé la direction de la Section des stupéfiants pendant 19 ans. Elle, 31 ans de police, dont 18 ans à la Centrale d’engagement où elle a officié durant 6 ans en qualité de Cheffe de groupe.

Jeff a pris sa retraite en mars 2012. Il a emmené Pascale avec lui pour une nouvelle vie à … 3, vous lirez plus bas pourquoi à trois… Depuis, ils coulent des jours heureux dans leur jolie maison située sur les hauts de Loye, où ils profitent au quotidien d’une vue époustouflante sur la rive droite du Valais central…

C’est dans ce havre de paix que nous avons été reçues, un beau jour du mois de juillet, de la manière la plus chaleureuse et généreuse possible…

Pascale, Jeff, quelle est votre définition de la retraite ?

Pour nous, la définition de la retraite est toute simple : Prendre du temps ! Prendre le temps pour les gens qu’on aime ! Sans obligation, se nourrir de convivialité et voyager sans demi-mesure.

Et qu’avez-vous fait depuis mars 2012 ?

Jeff : Nous n’avons pas eu un instant où l’ennui nous a gagné. Pascale a cessé son activité 3 mois avant moi car nous avons adopté Garou, notre chien. A l’époque, elle m’avait dit qu’en trois jours elle avait déjà oublié ses 30 ans de police. Je lui ai dit que ce n’était pas possible… ! Mais quand mon tour est venu – et pourtant Dieu sait si j’aimais ce que je faisais et que j’y étais bien – j’ai constaté qu’effectivement, en très peu de temps, on passe vite à autre chose.

Pascale : En effet, en trois jours j’ai facilement tourné la page. Je n’ai pas oublié mes 31 années de police mais rapidement, j’ai commencé à écrire une page blanche dans ma nouvelle vie. A l’époque j’avais 47 ans…

Jeff : Au long de ces 9 ans, nous avons fait beaucoup de choses. Il faut dire que nous étions déjà hyperactifs avant ma retraite. Nous voyagions déjà beaucoup mais dans les limites de nos vacances. Maintenant, nous avons 52 semaines à disposition pour le faire. Dès lors, nous avons été partout sur cette planète. Nous avons visité les 5 continents, principalement en mode croisière (33 au total). Ce style de vacances nous correspond bien. Ces croisières, tant fluviales que maritimes, nous ont fait découvrir outre l’Europe, l’Australie, l’Inde, l’Alaska, la Russie, l’Amérique centrale et du Sud (avec comme point d’orgue Ushuaïa et la Terre de feu) mais aussi une bonne partie de l’Asie dont la Chine.

Pascale : C’est rigolo car la première fois que j’ai parlé de croisière à Jeff, il n’en voulait pas. Pour ma part, j’en avais déjà fait une dans les pays nordiques et j’avais adoré. Jeff me disait que sur ces bateaux, « il n’y avait que des vieux et qu’en plus il ne savait pas nager (rire) » ! Alors je lui ai proposé d’essayer une petite croisière en Méditerranée. Le deuxième jour il me demandait déjà où nous allions faire la suivante. Ce fut une Transatlantique sur le fameux Costa Concordia. Nous avons vogué de Sao Paulo jusqu’à Savone. Pour la petite histoire, ce bateau a coulé 10 mois plus tard, causant la mort de plusieurs dizaines de passagers et membres d’équipage.

Jeff : Mis à part les voyages, nous avons aussi beaucoup de secteurs d’activités qui nous intéressent comme la cuisine, l’écriture et surtout la convivialité. On voit beaucoup de monde et on en reçoit aussi beaucoup ici, à la maison. C’est très enrichissant et nous adorons tous ces moments avec nos invités et amis.

Pascale : On fait aussi beaucoup de marches avec Garou. On va aux champignons, notre vie sociale est très active. Avant que le Covid ne s’invite dans nos vies, comme abonnés nous assistions aux représentions théâtrales du Baladin à Savièse ainsi qu’à tous les matchs de hockey à domicile du HC Sierre.

Jeff : Depuis 1971, je suis un grand fan du HC Sierre. Même lorsque j’habitais Lausanne, je venais en semaine pour assister à leurs matchs.

Pascale : Nous avons aussi fait du bénévolat. Pendant cinq années consécutives, nous avons consacré les deux premières semaines d’août à collaborer à la réussite de la colonie des enfants des réfugiés politiques pour lesquels l’autorité n’avait pas encore statué. Ce moment privilégié, organisé par l’aide sociale de l’Etat du Valais, voyait défiler environ 120 enfants (60 par semaine). Que de moments de partages multiculturels !

Jeff : Inutile de vous dire que c’est en cuisine que nous exercions. Pas toujours facile avec toutes les restrictions imposées par les différentes religions. Les journées étaient tellement longues qu’on bouclait les 35 heures hebdomadaires de nos amis français en deux jours… Mais ça en valait la peine. D’ailleurs, mieux valait ne pas oublier ses lunettes de soleil le samedi, jour de « l’Abschied ». Il y en avait toujours un qui arrivait à te faire pleurer. Belle récompense au demeurant…

Pascale : Je dois préciser que je n’ai pas complètement « lâché » la police. Je suis régulièrement appelée pour des traductions. J’en fait environ 7 à 8 par mois en comptant également le Ministère public et les tribunaux. J’ai toujours du plaisir à croiser mes anciens collègues. Bien sûr que les plus jeunes ne me connaissent pas. Ils me vouvoient et me disent « bonjour Madame », ça me fait rire. Par contre, de temps en temps, il y a quand même des anciens qui m’appellent encore « mamy » alors ça va.

Jeff, suite à ton départ, tu as écrit un livre « LE MEURTRE DU PÊCHEUR… et florilège d’affaires criminelles vécues ». Comment es-tu arrivé à cette idée ?

Il y a eu deux déclencheurs. A l’époque, dans le cadre de mon travail, j’étais pas mal sollicité par les médias. J’avais participé à une émission sur « Radio Rhône ». Celle-ci parlait de films qui sortaient au cinéma. Celui qui était disséqué dans cette émission s’appelait « Le cousin ». Le cousin en jargon de policier est un informateur. Ce film (qui devrait être vu par toutes personnes s’intéressant au travail d’un inspecteur des stups) réalisé par Alain Corneau était joué notamment par Patrick Timsit et Alain Chabat. Les dialogues étaient de Michel Alexandre, un ancien inspecteur de la PJ de Paris. Pour ma part, je devais m’exprimer durant 15 minutes sur ce film pour parler de la relation entre l’informateur et le policier. Au bout d’un quart d’heure, les animateurs m’ont demandé de rester durant toute l’émission. Ceux qui me connaissent savent qu’une fois lancé, je suis intarissable. J’ai donc beaucoup parlé, émaillant mes propos d’anecdotes croustillantes. Au terme de l’émission, l’animatrice, Jessica Fardel m’a dit : « Avec tous les souvenirs que vous avez, vous devriez écrire un livre ! »

Le deuxième déclencheur fut les 20 ans de ma filleule. Je voulais lui offrir un cadeau unique et personnel. Je lui ai donc écrit ma première histoire. Comme cela a beaucoup plu à ceux qui l’ont lue, j’ai alors fini par écrire mon livre « le meurtre du pêcheur ». C’était en 2014.

Au terme de l’écriture de mon manuscrit, je l’ai transmis à différents éditeurs. Ils étaient tous intéressés à le publier mais mon souci était la condition financière que ceux-ci m’imposaient. Selon moi, le livre était beaucoup trop cher, sachant que les personnes qui allaient l’acheter étaient des amis et connaissances : « parce que c’est toi ! ». Du coup, je me suis dit que j’allais le faire moi-même. J’en ai profité pour un clin d’œil humoristique en fixant le prix de l’ouvrage à CHF 22.-, chiffre hautement symbolique pour le flic que j’ai été… Les éditeurs me disaient que ça allait être compliqué car je n’avais pas accès à la publicité, aux librairies, aux lieux de ventes, etc. J’ai dès lors demandé à mon éditeur de faire uniquement l’impression de mon livre. Il m’a demandé combien d’exemplaires je voulais en tirer. Sans trop savoir, je lui ai répondu « 1000 ». Sur le moment, il ne m’a rien dit mais, 1000 exemplaires, c’est la tête des ventes en Suisse romande. En général, les seuls livres qui dépassent ce nombre sont, par exemple, les livres informatifs tels que « Les bisses du Valais ».

Dans le même temps, sur conseil d’un ami, j’ai pris contact avec la journaliste Sonia Bellemare qui travaillait au Nouvelliste. Je lui ai parlé de mon livre. En apprenant que je n’avais pas d’éditeur, elle n’était pas vraiment convaincue. Elle a tout de même demandé, sûrement par politesse, que je lui glisse une édition dans sa boîte aux lettres, ce que j’ai fait le jour-même aux alentours de 17h00. Vers 23h45, elle m’écrivait un sms m’informant qu’elle avait commencé mon livre sans pouvoir s’arrêter et qu’elle l’avait lu jusqu’à la fin. Elle m’a dès lors donné rendez-vous le lendemain et c’est là que l’aventure a commencé. J’ai également eu un bon écho de deux journaux vaudois. Tout cela m’a occupé pendant pas mal de temps. Au final, j’ai vendu mes 1000 exemplaires en seulement 6 mois.

Ce qui est étonnant dans cette histoire, c’est que j’en vends toujours maintenant. Il y a deux ou trois mois, j’ai reçu un appel d’un journaliste de la radio-télévision Suisse-Italienne. Il était tombé sur mon livre qui se trouvait dans un chalet de vacances à la Forclaz. Il l’avait lu et du coup, m’avait contacté pour m’en acheter plusieurs et faire une émission sur moi. Comme mes connaissances en langue italienne se limitent à la cuisine et au vin…, nous avons renoncé à ce projet.

Ce livre a été une sacrée aventure de plus dans ma vie.

Jeff, un deuxième livre en route ?

Non, je suis trop fainéant (rire). J’ai souvent des demandes de la part de mes amis mais je leur réponds que je vais plutôt écrire un livre sur les histoires entre bailleurs et locataires. Je dois dire que durant 10 ans, je me suis occupé de quelque 38 appartements qui appartiennent à la famille. Les problèmes de voisinages et de locations, j’ai tout vu, tout entendu et à toutes les heures ! Un sacré stress parfois. Je pense que tout ce stress a été un déclencheur de mon problème de santé survenu en 2017.

Mon cœur s’est arrêté de battre durant 55 minutes. On peut dire que si je suis vivant, c’est grâce à Pascale et à notre complicité. Si elle n’était pas avec moi, je serais sûrement mort. Je m’explique : le chirurgien principal tenait absolument à m’opérer avec une nouvelle technologie, soit sans assistance cœur/poumon. Cette manière de faire devait me permettre de récupérer plus rapidement. Avant l’opération, Pascale et moi avions rencontré à deux reprises le chirurgien-assistant Sébastien Collombier que j’appelle actuellement « mon St-Bernard ». Lors de notre deuxième rencontre, il nous avait confié avoir parlé de nous à son épouse. Il s’était dit impressionné de notre complicité, notre positivité et notre façon de fonctionner.

Le jour de l’opération, lorsqu’ils ont commencé le pontage, mon cœur s’est arrêté de battre. Ils ont tout tenté pour le faire repartir. Electricité, acide, produits chimiques mais en vain, il ne battait plus. Le chirurgien-assistant, Sébastien, a alors pris mon cœur dans ses mains et l’a massé. L’équipe médicale s’était donné 45 minutes. Sauf qu’après ces trois quart d’heure, mon cœur n’est pas reparti. Le chirurgien chef a alors dit : « On arrête » et c’est là que Sébastien a dit : « Non ! On masse encore un quart d’heure ». Mon cœur est reparti à la 55ème minute. Je pense que si nous n’avions pas eu ce lien avec lui, je ne serais plus de ce monde.

Depuis cette date, je fête 2 anniversaires par année. Soit le vrai, le 8 mars et le 26 avril, jour de ma résurrection.

C’est une belle philosophie ! Mais dites-nous-en plus sur la journée type des De Preux ?

Pascale : L’été, elles commencent souvent vers 05h20. On va marcher 45 minutes avec Garou. Le calme matinal nous permet de nous ressourcer, de voir beaucoup de gibier et c’est magnifique. Ensuite, nous rentrons et jouons aux cartes pendant environ 2 heures. Celui qui perd doit renflouer ce qu’on appelle « la caisse du plaisir », c’est notre cagnotte vacances et loisirs. Le reste de la journée nous le consacrons à nos amis.

Garou

Jeff : Je me suis offert une Oldtimer. Quand j’avais 14 ans, je voulais m’offrir un vélomoteur. Alors, j’ai travaillé comme pompiste dans le garage de mon oncle à Grange-Gare. Je voyais arriver toutes les stars de la région avec leurs belles MG décapotables et je m’étais toujours dit « Un jour, je m’en achèterai une … ». Suite à mon problème de cœur en 2017, je me suis dit qu’il fallait arrêter de toujours dire « Un jour je ferai ci, un jour je ferai ça »… et c’est dès lors que je me suis offert cette MG de 1963. Du coup, à la belle saison, en moyenne une fois par semaine, nous partons faire quelques kilomètres avec cette voiture, avec comme but (je vous le donne en mille) une petite auberge offrant des spécialités du coin…

MG 1963

Pascale, Jeff, qu’avez-vous comme message à transmettre aux futurs retraités de la Police Cantonale Valaisanne ?

Réjouissez-vous c’est que du bonheur… et à deux, c’est encore mieux !

Le bonheur a été pour nous de vous avoir revus ! C’était un peu comme un « Retour vers le futur » nous nous sommes senties comme Marty McFly à voyager dans le temps et vous êtes exactement comme dans nos souvenirs.

Ceux qui ont eu la chance de travailler avec vous se souviennent de votre compétence et de votre rigueur. Mais aussi des rapports du matin très particuliers où le briefing permettait de déguster la délicieuse confiture de lait de « Mamy ».

Merci à vous, Jeff et Pascale, pour vos récits et votre accueil. Vous êtes notre « madeleine de Proust » !

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