C’est un rituel. Lorsque l’inspecteur principal adjoint Jean-Pascal Zenklusen sort de son véhicule sur le parking de l’Hôtel de Police, ses yeux scrutent immédiatement le ciel et ne le quittent pas jusqu’à son entrée dans le bâtiment. Plusieurs collègues – et même le Commandant – font appel à ses prévisions météorologiques d’une redoutable fiabilité.

Inspecteur principal adjoint Jean-Pascal Zenklusen

Interview

Jean-Pascal, tu aimes faire parler le ciel ?

C’est depuis tout petit enfant que la météo me passionne, particulièrement 3 types de temps : le temps neigeux, les orages et le grand beau temps avec l’atmosphère limpide et les découpes du relief, particulièrement les sommets enneigés contrastant avec le bleu azur du ciel. Les nuits où il neige, il m’est impossible de dormir, ceci en raison de la clarté inhabituelle et de l’excitation d’aller observer les paysages sous la neige. Il en est de même lors d’orages qui surviennent la nuit, tant que les éclairs zèbrent le ciel et que le tonnerre gronde, je ne parviens pas à dormir. Ma mère me disait toujours que depuis que j’ai su marcher je grimpais à la fenêtre de ma chambre, ouvrais fenêtres et volets et observais la neige tomber et c’est qu’aussi loin que je me souvienne je l’ai toujours fait. Dès 9 ans, je m’habillais la nuit et sortais marcher dans la neige. Dès 12 ans, je savais interpréter les cartes synoptiques météo.

Concrètement, comment parviens-tu à tes prévisions aussi fiables ?

J’utilise essentiellement les prévisions du modèle américain GFS à 16 jours, en lisant les cartes météo, celles des précipitations, des vents et des températures, puis je prends en compte l’effet du relief mouvementé du Valais, par rapport à la direction du flux en altitude. L’observation du ciel est importante pour la tendance des 3 – 4 heures à l’avance. Je consulte également les archives des cartes météo sur le site Wetterzentrale disponibles depuis la date du 1er janvier 1851. On a des situations types qui reviennent successivement à des intervalles divers. L’enseignement de ces archives c’est que les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Quant aux variations du climat, il faut avoir à l’esprit que ce dernier a toujours varié considérablement au cours des décennies, des siècles et des millénaires. On observe une élévation des températures moyennes pour la Suisse d’environ 1.5 degré depuis 1850, avec 1 degré de plus ces 30 dernières années.  Dans le passé, les XIIème et XIIIème siècles ont été plus chauds qu’actuellement avec des glaciers alpins plus réduits que présentement. Depuis 10’000 ans, on a également connu des alternances de périodes plus chaudes et d’autres plus froides qu’actuellement.

Pourquoi fait-il si souvent beau dans notre canton ?

C’est dû à l’effet de foehn dont bénéficie la plaine du Rhône de Martigny à Brigue, du fait de la présence de deux chaînes de montagne élevées tant au nord qu’au sud. Les courants humides en s’élevant pour franchir une chaîne de montagne perdent leur humidité tant sur le versant bernois des Alpes au nord que sur le versant italien des Alpes au sud. Le foehn est consubstantiel des zones montagneuses pour le versant sous le vent – Chinook dans les Rocheuses – Zonda dans la Cordillère des Andes en Patagonie par exemple. Une indication : on a environ 4000 mm de précipitations annuelles sur les 4000 mètres au sud et au nord de la Vallée du Rhône, mais on a plus que de 520 à 700 mm de Charrat à Viège en hauteurs annuelle de précipitations au fond de la vallée. A titre d’indication, la station la plus sèche de Suisse est en Valais, il s’agit d’Ackersand avec 505 mm de précipitations annuelles.

Sans trahir trop de secrets, quels sont les signes du ciel valaisan qui annoncent la pluie ?

Pour le Bas-Valais et le Valais central, lorsque le ciel se charge à l’ouest on peut s’attendre à des précipitations dans les prochaines heures. L’hiver, le ciel se voilant progressivement depuis l’ouest et les nuages élevés allant s’épaississant annonce généralement des chutes de neige jusqu’à basse altitude dans un premier temps, c’est l’arrivée d’un front chaud. L’été des cumulus se développant en hauteur annoncent une évolution orageuse durant la journée. Un ciel rougeoyant le soir vers l’ouest est plutôt signe d’une amélioration au moins passagère, tandis que le même ciel le matin vers l’est est signe d’une dégradation au moins passagère. Ensuite, il faut observer la vitesse et le sens de déplacement des nuages dans le ciel pour avoir aussi une idée de l’évolution à court terme.

Ses yeux scrutent immédiatement le ciel
Stève Léger
Police cantonale valaisanne - Unité Communication et Prévention - Membre de la rédaction de la revue Police.

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