Le 1er juin 2014, notre adjudant Yves Dessimoz a pris sa retraite après 39 ans de service. Laissant chez tous ceux qui l’ont côtoyé une empreinte, une trace, des souvenirs nostalgiques en tant qu’ancien « circulant-sauveteur-chef GI-chef mat »… Nous avons été nombreux à lui souhaiter une bonne (Haute) route, lors de sa fête de départ.

Mais c’était sans compter avec les impondérables du service et Yves a répondu présent !
Il a réintégré ses anciennes fonctions en décembre 2015 pour servir trois mois et demi supplémentaires.

Nous t’avons toujours connu crapahutant sur les sommets… Mais à quel moment la montagne t’a-t-elle véritablement happé ?

Oh, je dirais depuis toujours ! Dès mes 5 ans, après un bref passage par St-Gall, j’ai grandi à la montagne, entre Daillon mon village et le mayen du Plapon. Je m’y suis toujours senti bien.

Mont Blanc – Août 2016

Et qui t’as finalement mis la main au baudrier ?

En 1975, j’ai débuté mon école d’aspirants à la Police Cantonale Valaisanne. Ensuite j’ai travaillé au poste de Bagnes. A cette époque, il existait des agents guides de montagne qui étaient répartis dans différents postes du canton.

En avril 1976, j’ai intégré la Brigade VII (circulation). J’ai travaillé avec mon collègue Jacky Michelet (devenu par la suite directeur de l’Organisation cantonale valaisanne des secours – OCVS) qui était agent de police et guide de montagne. En l’assistant sur plusieurs sauvetages et interventions en montagne, j’ai beaucoup appris et j’ai pris conscience que c’était ce que je voulais faire.

Policier et guide c’est un peu multitâche ?

Oui et c’est bien ce qui m’attirait dans mon métier de policier, la diversité de nos missions.

En avril 1977, le commandant Schmidt a pris l’initiative de créer un service « Secours en montagne ». A sa tête il a placé les caporaux Jacky Michelet et Jean-Maurice Favre. Premiers dans ce service, ils étaient soutenus par 9 agents-guides et 3 aspirants-guides provenant de différents postes de gendarmerie.

Pour ma part, j’ai débuté ma formation d’aspirant guide en 1980. C’était une période très prenante et difficile. Je travaillais à 100% pour la police et sur mon temps libre j’étudiais et m’entraînais pour obtenir ma licence de guide. J’étais marié et papa de deux petites filles et ma famille a été d’un grand soutien.

La cérémonie de remise de mon diplôme et mon insigne de guide et guide skieur professionnel s’est déroulée à Sion, le 1er octobre 1982. A ce moment j’étais appointé à la Brigade VII tout en fonctionnant comme agent non permanent au « Secours en montagne ».

Et la montagne aujourd’hui ?

Elle est toujours bien présente. Nous sommes un groupe d’amis, formé notamment de trois collègues retraités et d’un prêtre. Durant l’été nous effectuons une à deux courses par semaine.

En hiver notre groupe compte environ 15 membres, dont dix sont de vrais irréductibles et nous effectuons une course par semaine

Amis

C’est donc accompagné de ces irréductibles que l’épopée Vikings a commencé ?

Quelques-uns seulement. L’idée a germé en 2016, après la lecture d’un article de « 69 NORD ». Il proposait un séjour inoubliable en ski de randonnée, dans les Alpes de Lyngen en Norvège. L’une des conditions pour louer un bateau était d’être accompagné d’un guide de montagne. Condition doublement remplie puisque mon ami et collègue retraité Eddy Berthouzoz et moi sommes tous deux guides.

Eddy et Yves

Et ainsi le 10 mars 2017, la ville de Tromso voit débarquer neufs valaisans, entraînés et sportifs !

Oui, pour un tel périple il vaut mieux être bien préparé. Nous avons visité la ville, puis avons pris du repos avant notre départ du lendemain.

Combien de temps va durer votre voyage ?

Six jours en tout, entre la mer et la montagne. A l’embarquement sur le Southern Star, nous sommes pris en charge par le commandant, un marin et une cuisinière scandinave.

  • Jour 1 : 12-03 : Course 2 – Aborsneset, dénivellation 820 m.
  • Jour 2 : 13-03 : Course 7 – Akkarvik, dénivellation 880 m + 400 m.
  • Jour 3 : 14-03 : Course 6 – Sandneset, dénivellation 1220 m
  • Jour 4 : 15-03 : Course 4 – Tortenlia, dénivellation 1080 m + 300 m
  • Jour 5 : 16-03 : Mauvais temps, visite de la région de Finnkroken
  • Jour 6 : 17-03 : Course 1 – Sjursnesfjellet, dénivellation 1000 m
Southern Star

Comment sont rythmées vos journées ?

Généralement nous nous levons vers 07h00. Après un excellent petit déjeuner nordique, nous nous équipons avant le débarquement.

Vers 08h00, après avoir fixé nos peaux de phoque, nous commençons l’ascension. A tour de rôle, Eddy et moi guidons notre petite équipe de la plage à travers la forêt et jusqu’au sommet. Nous avançons au même rythme, dans un silence troublé seulement par un léger glissement.

Nous sommes seuls au monde…

Malgré le peu de précipitations, les conditions de ski sont excellentes. Du sommet, les pentes de poudreuse immaculée et vierge n’attendent que nous. Nous glissons avec bonheur jusqu’à la plage et il nous arrive même de remonter pour prolonger l’instant.

A notre retour à bord, après l’apéritif, nous dégustons un excellent repas du terroir préparé par Hanna notre cuisinière. Ensuite, nous nous reposons, nous lisons… J’assiste avec amusement au spectacle haut en couleur de notre groupe de joueurs de jass.

Au soleil couchant, Olivier, notre commandant, nous raconte Le Grand Nord…

Pour la saison, la température est très agréable. Le thermomètre ne descend jamais en-dessous de moins 10 degrés.

Le 5ème jour, seul jour de mauvais temps, nous devons changer nos plans. Bien que seulement à trois kilomètres de l’endroit où nous devions accoster, y arriver est impossible, même par la route. Nous renonçons à notre ascension et en profitons pour visiter le petit village de Finnkroken.

Durant le voyage nous n’avons croisé aucune faune d’envergure. Nous avons bien rencontré un ours à Tromso, mais il était empaillé… Après tous ces magnifiques paysages, la nature nous a encore une fois bien récompensé en nous offrant une magnifique aurore boréale. Nos appareils photos ont tenté de la saisir… mais c’est un de ces instants magiques qu’il faut vivre…

Aurore boréale

Le dernier jour approche, nous nous préparons au retour, avec un sentiment particulier. L’aventure mer et cimes est très atypique pour des montagnards comme nous. Commencer la journée en bord de mer, se retrouver sur l’alpe et finir les pieds dans l’eau salée, le contraste est saisissant.

As-tu déjà prévu de nouvelles expédition ?

Oui et je ne pense pas m’arrêter là.

Depuis mon départ à la retraite, j’ai gravi le Mont-Blanc, effectué de la grimpe à Saint-Marin en Italie, à Kalymnos en Grèce, en Corse… Sans parler de nos sorties en Suisse.

L’été dernier, nous aurions dû partir en Italie à Finale Ligure pour découvrir les voies d’escalade, mais le COVID 19 est passé par là. Si la situation sanitaire le permet, nous devrions y aller cet été.

Il y a aussi la Sardaigne dans ma ligne de mire, mais ce sera pour 2022. Si mon corps suit, mon mental est toujours d’attaque pour explorer de nouvelles voies d’escalade et continuer à pratiquer la randonnée à ski dans nos belles montagnes en Suisse et à l’étranger.

Pour conclure, la montagne fait partie de ma vie et j’ai accepté de me mettre à disposition de la collectivité en offrant mes connaissances et mon expérience à ma commune. J’y occupe le poste de remplaçant pour la sécurité hivernale.

Merci Yves d’avoir partagé ces moments avec nous. Nous souhaitons à toi et tes amis de nombreux voyages et de belles et riches expériences près des cimes.

« L’alpiniste est un homme qui conduit son corps là où, un jour, ses yeux ont regardé… « 

Gaston Rébuffat

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